Il y a un peu plus de deux
ans, une personne influente dans ma vie perdait la sienne. Depuis, elle me manque.
Oh! Je ne la voyais pas aussi souvent que je l'aurais voulu ou que j'aurais dû.
On a toujours cette impression que les gens autour de nous sont immortels ou
qu'ils vaincront la maladie. J'avais cette impression. Je n'ai pas vu ma
grand-mère dans ses derniers jours et je le regrette encore aujourd'hui.
Peut-être est-ce pour cette raison que le souvenir de notre dernière soirée
passée ensemble reste si frais à ma mémoire?
« Entre Marie, entre! »
Elle m'appelle toujours ainsi même si ce n'est pas mon prénom. Elle est la
seule à le faire. En entrant, le parfum de la maison m'enveloppe. Un parfum qui
me rappelle Noël, Pâques, la Fête des feuilles et tant de traditions
familiales. Un parfum qui me rappelle les parties de cache-cache entre cousins
au sous-sol, ces fous rires que nous avons eus en regardant un vieux livre des
records Guinness et tous ces vieux livres que j'ai entrouverts et observés avec
fascination.
Elle a déjà sorti les photos que je suis venue regarder avec elle. Ce soir, elle va m'ouvrir son passé et me raconter ses souvenirs. Les boîtes trônent sur la table comme autant de coffres aux trésors. Nous nous installons côte à côte, le sourire aux lèvres. Je me sens privilégiée de ce moment qu'elle m'offre. Juste à moi. Elle me regarde avec affection, me demande comment je vais, me prend la main. Je lui demande comment elle va. Elle répond vaguement, change de sujet. Je comprends que ce soir c'est elle et moi. La maladie reste dehors. Je n'insiste pas. Nous attaquons les photos et les souvenirs, les anecdotes abondent. J'ai ainsi appris que mon grand-père, plus jeune, faisait partie d'un groupe de musique avec son frère et des cousines. Elle me raconte leur rencontre et leur voyage de noces. Elle me confie qu'elle aimait beaucoup danser avec mon grand-père et que ce dernier était un homme très fier.
Puis, cachée dans une pile de
photos se trouvait une lettre. Dès qu'elle l'aperçoit, le temps s'arrête.
Je vois ses yeux se voiler, sa main se poser sur son cœur et sa bouche s'étirer
en un demi-sourire plein de tendresse. « Ton grand-père m'écrivait
toujours lorsqu'il était loin de la maison... » Elle replie la lettre et
la glisse dans sa poche. Je vois bien que ce souvenir-là l'a chamboulée un peu.
Elle est pensive, assise droite dans sa chaise. Elle boit de l'eau et me
sourit. Elle semble bien, heureuse. Je la serre, si frêle, dans mes bras, dépose un bisou sur sa joue et je la quitte, il est tard.


